« Il faut savoir reconnaître les risques » de son métier

Glenn Asham, CPA, nous explique les avantages et les inconvénients de l’ALENA ainsi que les répercussions potentielles des négociations sur les entreprises canadiennes.

Glenn Asham, CPA, CA, est Chef de la direction financière, vice-président directeur des finances et trésorier de New Flyer Industries Inc., une entreprise établie à Winnipeg qui fait partie des plus importants fabricants d’autobus lourd en Amérique du Nord.

Avec l’incertitude qui entoure l’avenir de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), je m’inquiète pour les perspectives d’avenir de mon entreprise et de l’économie. Que pensez-vous des négociations?

Il ne fait aucun doute, tout changement important à la structure actuelle de l’ALENA aura des répercussions considérables sur de nombreuses industries canadiennes. On constate une tendance de protectionnisme incontestable de la part des États-Unis.

Si les entreprises canadiennes qui effectuent du commerce transfrontalier souhaitent demeurer concurrentielles, elles doivent rester à l’affût des négociations et se préparer à adapter leur stratégie d’affaires aux changements potentiels.

Comment puis-je préparer mon entreprise pour un avenir aussi incertain?

À mon avis, plus vous connaissez votre entreprise, mieux vous vous en tirerez. Les exportateurs canadiens qui ne savent pas déjà quel pourcentage de leur approvisionnement et de leur production provient des États-Unis doivent commencer à compiler ce genre de renseignements. Ensuite, il faut penser à des façons de modifier le fonctionnement de l’entreprise pour respecter d’éventuels resserrements des règles relatives à l’origine des biens libres de droits de douane.

New Flyer œuvre dans un secteur [celui de la fabrication pour le domaine du transport] dont la réglementation en matière de libre-échange est passée au peigne fin depuis un certain temps. Entre 80 % et 90 % de nos ventes d’autobus urbains proviennent des États-Unis, dont environ les deux tiers de clients qui doivent se conformer aux dispositions du Buy America Act.

Nous avons donc dû modifier nos processus de façon à respecter ces règles. Nous avons fait des acquisitions stratégiques aux États-Unis, et nous faisons l’objet de vérifications et présentons des certifications à nos clients pour chaque contrat afin de montrer que nous sommes conformes au Buy America Act.

Pour les entreprises canadiennes qui n’ont jamais eu à faire face à d’importants changements dans la réglementation gouvernementale, il est normal qu’une renégociation de l’ALENA amène son lot d’inquiétude. C’est pourquoi il faut adopter une pensée axée sur le futur. On ne peut pas se préparer à toutes les possibilités, mais il est essentiel de les envisager, pour savoir à quoi s’attendre.

Y a-t-il d’autres marchés d’exportation que je pourrais considérer?

Afin de pallier les pertes de profits provenant des États-Unis, les entreprises canadiennes devraient viser au-delà de l’Amérique du Nord. L’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG) et les modifications qui seront potentiellement apportées au Partenariat transpacifique (PTP), par exemple, pourraient offrir de nouvelles possibilités.

De quelle façon un CPA peut-il s’assurer que je suis prêt à faire face au changement?

Il demeure essentiel, dans notre monde actuel, de produire des états financiers historiques. Toutefois, d’un point de vue de soutien à la gestion, il peut être tout aussi important de faire des prévisions, voir même essentiel. Les comptables sont en mesure de présenter leur point de vue quant aux répercussions qu’auraient les dispositions de l’ALENA sur l’entreprise et son personnel. C’est une partie de leur travail de comprendre l’effet que toute nouvelle réglementation pourrait avoir sur les contrats, les budgets et le rendement de l’entreprise.

De plus, ils sont capables de convertir les stratégies qu’une entreprise pourrait adopter pour être à la barre du changement en actions et en objectifs d’affaires précis, puis de les mettre en œuvre au moment opportun.

La stratégie de New Flyer consiste à élaborer plusieurs plans pour toutes les situations. Si nous considérons travailler sur un projet, nous concevons d’abord un plan de base, puis nous le mettons à l’épreuve des risques de perte. Ainsi, nous pouvons évaluer l’ampleur des dégâts dans le pire scénario possible.